Le 9 décembre 1877 le conseil municipal de Tauxigny prenait connaissance des dernières
volontés testamentaires d'un vieux Tauxignois qui venait de mourir, un leg était fait pour
douze familles pauvres de la commune sous forme d'une rente annuelle de 300 francs payable
le 6 janvier de chaque année et assise sur une parcelle de pré.
Ce généreux donateur s'appelait Gaspard Olivier Victor ARCHAMBAULT, il s'était éteint à son
domicile et sans postérité deux mois et demi plus tôt le 23 septembre 1877. Sa longue vie d'un
peu plus de 91 ans lui avait permis de connaître un nombre impressionnant de régimes, car de
1786 à 1877 la France avait connu la période la plus tumultueuse de son histoire
politique.
Gaspard Olivier Victor est né le 20 mars 1786 à Tauxigny en Indre et Loire, fils de René
François Antoine ARCHAMBAULT dit "Berchotière", officier de santé et de Marie Catherine
NOBILLEAU, il est porté sur les fonds baptismaux par le baron Gaspard de ROCREUSE, nouveau
seigneur de Pont Long, et Victoire LENÉE, épouse de Charles Joseph de BERTHÉ CHAILLI, c'est
sans doute à ce parrain qu'il doit son prénom. Gaspard avait, entre autres, un frère René
François Antoine Paul de deux ans plus âgé que lui et qui lui survivra, faisant preuve lui aussi
d'une exceptionnelle longévité.
Dès son plus jeune âge, Gaspard trempe dans les événements qui agitent le pays car son père
sera un des principaux notables qui administrèrent la commune pendant la Révolution et
l'Empire mais sans jamais occuper la première place à la mairie.
Nous ignorons où Gaspard apprend la médecine mais le 7 brumaire de l'an XIV (29 octobre
1805), il part au régiment et au sein de la Grande Armée il sillonne l'Europe, on le retrouve à
Austerlitz, Iéna, Eylau, Friedland, Wagram et autres batailles dont les blessés et les malades
permettent à l'aide major qu'il est alors de se perfectionner dans son art, il revient à Tauxigny
le 6 mars 1811 perclus de rhumatismes et repart peu de temps après à Paris, il en revient avec
le titre de "Chirurgien" et il aide son père à soulager les malades.
Gaspard est un homme haut d'un mètre soixante dix, aux cheveux et yeux noirs, au nez et au
menton pointus, il avait le teint mat et le visage ovale. Il se marie le 9 février 1825 avec
Louise TORTERUE fille d'un ancien président au siège royal de l'élection de Richelieu, maire de
cette ville et administrateur du département d'Indre et Loire.
A la mort de son père, le 3 octobre 1822, alors adjoint, le baron de ROCREUSE étant maire,
Gaspard sur présentation du dit ROCREUSE, est nommé au poste qu'occupait son père, le 12
octobre 1822 mais à la suite d'un différent avec le maire, il se démet de cette fonction en
septembre 1825, mais sera nommé conseiller municipal le 2 janvier suivant.
En 1838 des élections municipales semblables à celles que nous connaissons, mais censitaires
et ne réunissant que les 120 contribuables les plus imposés dans la commune, ont lieu,
Gaspard est élu au premier tour comme adjoint. Le maire Benjamin ANTOINE, notaire, quitte la
commune en 1833 et laisse une place pour laquelle le conseil doit proposer un candidat au
préfet qui nomme les maires,dans sa réunion du 20 octobre le conseil propose Hercule
FOREST, homme "influent par sa fortune et ses menées sourdes et adroites" que le
préfet nomme le 6 novembre, cette nomination n'arrivera pas à Tauxigny car le sous préfet de
Loches qui sait que son prédécesseur a vigoureusement écarté FOREST en 1828 à la mort de
ROCREUSE, écrit aussitôt au préfet : "que ce soit FOREST ou ARCHAMBAULT cela n'ira pas
plus mal qu'avec Antoine" et c'est alors que Gaspard est nommé maire le 14 décembre
1833.
Les 23 et 24 novembre 1834 il y a de nouvelles élections municipales, le conseil de douze
membres étant renouvelable par moitié tous les trois ans, Gaspard fait partie des hommes qui
restent en place jusqu'en 1837, une réclamation du comte de ROQUEFEUIL, gendre de
ROCREUSE, appuyée par d'anciens amis du baron, entraîne une discussion d'une telle violence
qu'ARCHAMBAULT, avant même la signature des procès verbaux d'élection, s'en va chez lui en
emportant les documents électoraux, les élections seront quand même validées.
En 1837 les six conseillers à élire le sont au premier tour et ARCHAMBAULT, maire sortant
arrivé huitième est battu et devra attendre trois ans pour revenir à la mairie, il sera alors
membre du conseil jusqu'en 1870.
En 1843 le comte de ROQUEFEUIL, après quatre tentatives infructueuses, entre au conseil, ce
qui n'empêche pas Gaspard d'être nommé maire une nouvelle fois le 31 juillet. Lors de la
réunion du conseil municipal du 15 novembre 1843, un nouveau conseiller, Armand LAVILLE,
notaire et gendre de FOREST, celui ci élu en 1831 et 1837 avait en 1843 cédé sa place à son
gendre, attaque vivement l'administration d'ARCHAMBAULT qui écoeuré donne sa démission en
conseillant au préfet de nommer à sa place le comte de ROQUEFEUIL, celui ci sera nommé le
23 novembre, ce même jour Gaspard devient adjoint. Après les élections de 1846, passées
sans encombres par les six sortants, ROQUEFEUIL, malade démissionne en avril 1847 et
Gaspard redevient maire pour la troisième fois.
Après la révolution de 1848 qui apporte le suffrage universel ARCHAMBAULT est élu par ses
collègues, c'est alors que LAVILLE qui avait été le seul à ne pas se faire élire au premier tour et
qui avait émis un réclamation qui fut repoussée, écrit au préfet pour l'avertir qu'il ne
participera plus à l'administration municipale "tant que la commune sera administrée par
un homme aussi incapable que celui qui est à sa tête et aussi peu républicain".
Sous Napoléon III, Gaspard voit sa qualité d'ancien soldat d'empire plaider en sa faveur, la
médaille de Saint Hélène lui est accordée. Malgré son manque d'activité dû à son âge et à la
perte de sa femme en 1858, il est nommé maire à nouveau en 1852, 1855 et 1860 la
commune est convenablement gérée grâce aux soins que lui apporte Albéric GODARD, neveu
de Gaspard et conseiller municipal, mais le décès de celui ci fin 1860 va entraîner de graves
ennuis à l'administration communale et beaucoup de soucis à Gaspard.
Hercule MENARD curé de Tauxigny depuis 1818, un saint homme, étant décédé en 1857, est
remplacé par son neveu Hippolyte MENARD ecclésiastique au caractère passionné et violent,
qui profite du vide laissé par la mort d'Albéric GODARD pour entraîner ARCHAMBAULT dans
une opposition contre ses conseillers d'où il ne pourra sortir vainqueur, l'année 1861 sera donc
marquée par une lutte sans pitié qui obligera Gaspard à démissionner de la mairie en
décembre mais son entêtement et les menées du curé avaient amené le préfet à envisager sa
révocation, après sa démission il protestera auprès du ministre de l'intérieur sur la façon dont
le préfet l'a amené à cette mesure.
La dernière élection municipale à laquelle Gaspard ARCHAMBAULT a participé, s'est déroulée le
14 août 1870, le conseil comme beaucoup d'autres fut dissout par le décret du 20 septembre
suivant et en 1871 Gaspard peiné par la chute de Napoléon le Petit et la venue à Tauxigny des
prussiens auxquels il avait fait, soixante ans plus tôt "toucher les épaules" sous
l'étendard de Napoléon le Grand, se retire de la vie publique et attend la mort qui ce jour du 23
septembre 1877 le conduira au cimetière de Tauxigny ou l'on peut toujours voir sa
tombe.
Sa nièce Marie Anaïs ARCHAMBAULT veuve GODARD, fille de son frère René cultivera avec
ferveur le souvenir de son oncle.
Gaspard ARCHAMBAULT avait fait un premier testament le premier janvier 1850 dans lequel il
déclarait faire un don annuel de 300 francs pour les pauvres de Tauxigny demeurant sur la
commune depuis plus de deux ans, douze familles devaient être désignées d'un commun
accord entre le maire, le curé et un membre de sa famille tant qu'il y en aurait à Tauxigny. Les
dons devaient être distribués le 6 ou le 7 janvier de chaque année à l'issue d'un service
religieux célébré pour le repos des âmes de son père René ARCHAMBAULT, sa mère Marie
NOBILLEAU, sa femme Louise TORTERUE et la sienne, il souhaitait que les bénéficiaires
assistent à l'office. Il déclarait que pour assurer le leg une hypothèque serait mise sur son pré
dit "L'étang de Balluère" d'une superficie de trois arpents soixante et une chaînées.
Il décidait que les ménages les plus nécessiteux auraient dans l'ordre décroissant de leur
besoins : les deux premiers 40 francs chacun, les quatre suivants 25 chacun, et les 6 suivants
auraient 20 francs chacun.
Dans un autre testament du 25 mars 1871, il spécifiait que les deux plus nécessiteux auraient
toujours 40 francs mais les 5 suivants auraient 24 francs et les cinq derniers 20 francs.
Dans ses testaments il disait ne pas pouvoir disposer des biens que lui avaient légués ses
parents car il s'en considérait comme usufruitier, qu'il ne pouvait disposer que de ce qu'il avait
gagné après son retour de l'armée ou il avait été pendant sept ans aide major dans la grande
armée. Il faisait aussi un don à la fabrique pour que celle-ci fournisse la cire et le pain bénit à
perpétuité lors des services pour le repos des âmes de sa famille.
Gaspard expliquait que sans espoir d'avoir un jour des descendants, il prenait ces dispositions
pour pouvoir soulager les pauvres de son pays natal selon les bons principes que sa sainte
mère lui avait inculqués.
Qualifier Gaspard ARCHAMBAULT de généreux donateur c'est nous placer dans l'optique de
l'époque car sa générosité est plus apparente que réelle puisque le don qu'il fait ne lui coûte
rien de par sa forme posthume, la générosité en question est plutôt imposée à ses héritiers et
surtout au futur propriétaire du pré de la Balluère qui pourrait recevoir, suivant les stipulations
du testament, un cadeau empoisonné car la commune prendra une inscription de 6 000 francs
sur cet immeuble, elle aurait d'ailleurs dû en prendre une pour un chiffre supérieur.
Les héritiers de Gaspard ARCHAMBAULT étaient les trois filles de son frère René qui avait
refusé l'héritage au profit de ses enfants Marie Anaïs, Claire et Aglaé, il semble qu'elles aient
assez mal goûté le geste de libéralité de leur oncle, elles tentèrent démontrer la nullité du
second testament car la date suivait la signature alors qu'elle aurait dû la précéder mais
l'étude des commentaires de droit à cet égard sembla ne pas leur donner raison. Les débitrices
de la rente avaient également pensé à la seule chose envisageable c'est à dire le rachat mais
compte tenu de la valeur en bourse de la rente ce rachat devait être fait à un prix supérieur à
ce qui se pratiquait pour les rentes non affectées.
Le 9 février 1879 alors que deux distributions aux pauvres auraient dû être faite et que la
commune avait déjà payé 187 francs 95 centimes de droits de succession, aucun versement ne
lui avait été fait, celle-ci envisagea la poursuite des héritiers ou du propriétaire du pré
hypothéqué, mais après une contrainte du 8 mars 1879, les six cent francs étaient
versés.
Sources : Bernard Bienvault, Stéphane Archambault.
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